La région Centre n'est pas qu'une terre touristique. Elle dispose d'un vrai terreau d'excellence en matière de recherche – l'université d'Orléans a fêté son 700e anniversaire en 2006 – et d'une économie qui a su rebondir malgré certains revers industriels. Les universités d'Orléans et de Tours ont une longue collaboration scientifique en R&D avec les entreprises locales, régionales, nationales et internationales. Leurs 90 laboratoires
participent ainsi au développement économique, et le chiffre d'affaires qu'elles réalisent par an en activités industrielles et commerciales se monte à 10 M€. A l'occasion de la nouvelle édition du colloque L'innovation gagnante, la rédaction du magazine est partie à la rencontre des femmes et des hommes qui participent au quotidien de la recherche, du transfert technologique et de l'innovation.
La politique de transfert à l'université d'Orléans
L'université d'Orléans a décidé de mettre en place une politique volontariste pour exercer sa responsabilité dans le développement économique territorial. Une telle démarche associe et englobe de très nombreux partenaires, dont les collectivités locales et territoriales, et les entreprises, grandes et petites. Entretien avec Youssoufi Touré, vice-président Recherche et Valorisation de l'université d'Orléans.
Innovation : Pouvez-nous définir la politique de développement économique territoriale mise en place ?
Youssoufi Touré : Vous savez, l'accès au monde de la recherche paraît souvent trop complexe aux entreprises : trop de structures, trop d'interlocuteurs apparaissent entre les institutions et les structures interfaces, trop de dispositifs différents. Pour instaurer une accessibilité réciproque maximale entre la recherche et le besoin d'innovation de l'entreprise, la démarche de l'université d'Orléans est de trouver les moyens d'être directement accessible par l'entreprise ayant des besoins d'innovation liés à la recherche, avec l'aide de l'Europe, la Région et des autres collectivités territoriales. Pour rapprocher la recherche académique de l'innovation de l'entreprise, l'idéal serait que l'université et les grandes entreprises et les PME-PMI puissent travailler directement avec l'aide de l'Europe, de l'Etat.
Justement : quels outils avez-vous mis en place ?
Nous avons mis en place une approche spécifique aux PME-PMI, hors R&D classique. Je m'explique. Les aides nationales et/ou européennes permettent de financer la phase industrielle de l'innovation. Toute la phase en amont, de pré-amorçage et de maturation, reste à la charge de l'entreprise, ce qui est difficilement supportable, pour une PME-PMI en particulier. L'université d'Orléans propose à ses partenaires Recherche, tel le CNRS, la mise en place d'un crédit en temps de recherche, « sur sa matière grise », jusqu'à ce que l'entreprise puisse souscrire aux aides financières nationales ou européennes. Le crédit Recherche est utilisé à l'identification de besoins recherche liés aux projets d'innovation, et à l'étude de faisabilité.
A savoir ?
Dans ce contexte, l'université d'Orléans propose, aux structures d'interfaces, un contrat d'objectif. Il règle leurs relations sur des thématiques précises en fixant des résultats quantifiables évalués tous les six mois. Dans ces conditions, les collectivités locales et territoriales peuvent accompagner l'innovation de façon visible et qualitative. Un réseau performant et de plus en plus professionnel se met en place. On entre ainsi dans une culture de résultats fixés ensemble, qui correspond bien aussi au fonctionnement des structures interfaces et à celui de l'université d'Orléans, redevables de l'argent public. Plus généralement, ce rapprochement de l'innovation et de la recherche est déjà dans l'esprit des pôles de compétitivité en facilitant la mobilisation des moyens économiques, technologiques, scientifiques. Les mêmes collaborations doivent pouvoir trouver le jour pour faciliter la constitution de véritables pôles de compétences régionaux à stratégie internationale.
Côté doctorants, vous avez mis en place un dispositif ?
Effectivement, nous suivons nos doctorants et nous les plaçons. La formule fonctionne, et nous n'avons pas attendu le nouveau dispositif des « doctorants-conseils ». Nous avons beaucoup de témoignages d'entreprises qui sont sensibles à la capacité d'un étudiant à mener un projet à son terme, à son adaptabilité, et surtout, c'est essentiel, à sa capacité à se poser des questions. Avoir des doctorants dans une entreprise est un avantage pour les deux parties. D'abord parce que cela permet à l'entreprise d'intégrer de nouvelles compétences, de renforcer ses capacités en R&D et de détecter de futurs collaborateurs. De fait, à l'issue de leurs trois années de thèse, les jeunes docteurs qui ont convaincu l'entreprise ont de bonnes chances d'être embauchés.
SUReO innovation
La porte d'entrée R&D des PME-PMI à l'université d'OrléansLe SUReO Innovation, service de l'université d'Orléans, a pour mission de développer les relations de l'université avec le monde industriel et économique. Il est l'interface privilégiée entre les laboratoires et les entreprises, qu'il conseille, accompagne dans la négociation et la mise en place de partenariat R&D. Il estime le coût des projets, définit les modalités administratives, juridiques, financières de la collaboration, les accords de confidentialité, dans tous les domaines d'excellence de l'université d'Orléans : énergie électrique et électronique, automobile, énergétique et matériaux/mécanique, pharmacie, santé, cosmétique, agroalimentaire, sciences de l'homme et de la société, géosciences et environnement.
Tél. : 02 38 41 71 74 - directeur.sure@univ-orleans.fr - www.univ-orleans.fr/recherche