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Devenir l'interface entre Saint Gobain et les Start-Up
Frédéric Utzmann, directeur de la cellule External Venturing (Saint-Gobain). L'inauguration du centre Saint-Gobain Recherche de Shanghai, le premier sur le continent asiatique, confirme la volonté du groupe de poursuivre ses activités de R&D afin de mieux s'adapter au marché chinois. Ce nouveau centre de recherche se positionnera en tant que complément des centres français (Aubervilliers et Cavaillon) et américain (Boston). Mais la recherche chez Saint-Gobain ne passe pas seulement par ce type de structures, les laboratoires ou les universités. L'innovation au sein du groupe se développe aussi par des projets réalisés avec les start-up détectées par la cellule NOVA - External Venturing. Depuis sa création, au début 2006, External Venturing a signé quatre contrats de collaboration ; un chiffre que son directeur, Frédéric Utzmann, espère doubler d'ici à la fin de l'année.

INNOVATION : QUELLE EST LA MISSION D’EXTERNAL VENTURING ?
Frédéric Utzmann :
Nous sommes une interface entre le monde de Saint- Gobain et celui des start-up. Cette cellule existe depuis dix-huit mois ; il s'agit donc d'une initiative relativement récente. Nous visons à rapprocher ces deux mondes assez différents : un groupe qui emploie plus de 206 000 personnes à travers le monde et des entreprises qui comptent quelques salariés, un ou deux pour les plus petites, jusqu'à deux cents pourles start-up en pleine croissance. L'objectif est de développer des partenariats dans lesquels la jeune pousse va apporter une innovation et Saint-Gobain va lui permettre de bénéficier de son savoir-faire industriel, de sa connaissance des marchés ou éventuellement une technologie complémentaire dans le cas d'un codéveloppement…

… ET DES MOYENS FINANCIERS ?
Eventuellement, mais la valeur ajoutée ne se situe pas là. Il existe des investisseurs dont le rôle est de fournir des capitaux et de dégager une plus-value financière à la sortie. Pour Saint-Gobain, une participation au capital est un lien et une composante d'une collaboration plus large. Notre apport est donc d'un autre ordre : par exemple,l'accès aux réseaux de distribution, à des vendeurs au service des clients, ce qui peut permettre de déployer assez rapidement des ventes à l'échelle mondiale. Grâce à nos savoir-faire industriels, nous offrons aussi la possibilité de produire en gros volumes.

COMBIEN DE MEMBRES COMPREND VOTRE EQUIPE ?
Elle comprend trois personnes à temps plein, basées en Europe et aux Etats-Unis, et sept personnes dédiées à temps partiel, en Europe et en Asie, notamment à Shanghai. Elle se compose de profils variés : experts technologiques des différents pôles industriels du groupe, spécialiste de l'achat/vente de licences, et des analystes plus junior ; et elle est amenée à croître encore !

EN MOYENNE, COMBIEN DE DOSSIERS TRAITEZ-VOUS ?
Nous avons en permanence entre vingt et trente dossiers à l'étude. En 2007, nous aurons examiné environ trois cents dossiers, contre cent cinquante en 2006.

QUELS SONT VOS THEMES DE PREDILECTION ?
Les domaines d'innovation du groupe Saint-Gobain ! Nous dédions une attention particulière aux matériaux de construction et à l'évolution de l'habitat, car il y a un potentiel formidable pour en améliorer l'efficacité, le confort, la sécurité, en réduire le coût ou l'impact environnement. Nous recherchons également des start-up actives dans le secteur de l'énergie, qu'elle soit produite de manière traditionnelle ou par des sources renouvelables. Nous sommes actifs sur d'autres sujets concernant l'environnement, notamment les biomatériaux, les technologies de dépollution, le recyclage de matériaux… Sans oublier les thématiques de l'éclairage ou des applications hautes performances de nos matériaux innovants : verres et couches minces, céramiques, plastiques,cristaux…

QUELS SONT LES CRITERES DE DETECTION ET DE SELECTION D'UNE JEUNE POUSSE POUR UN EVENTUEL PARTENARIAT AVEC LE GROUPE SAINT-GOBAIN ?
Le premier des critères relève de l'alignement avec la stratégie de Saint-Gobain et de la complémentarité entre les apports de la start-up et ceux du groupe. Nous étudions également l'attractivité des marchés visés, la différentiation de la technologie, la proposition de valeur pour les clients, la protection intellectuelle, l'environnement concurrentiel, l'équipe… Mais il n'y a pas de règle absolue, et nous cherchons surtout à nous concentrer sur les questions clés au cas par cas. L'importance relative des critères est naturellement différente s'il s'agit d'un accord de distribution destiné à amorcer à très court terme les ventes d'un produit innovant développé par une start-up, ou d'un achat de licence sur une technologie de rupture nécessitant encore un effort significatif de développement et visant des résultats commerciaux dans cinq ou dix ans.

POUVEZ-VOUS NOUS DEVOILER QUELQUES-UNS DE VOS PROJETS ?
Les projets à l'étude sont bien sûr confidentiels, mais je peux vous parler d'un partenariat qui a été rendu public : celui que nous avons noué avec BluGlass. Cette société australienne souhaite réaliser la production de diodes électroluminescentes (LED) à bas coût sur un substrat verrier. Les marchés servis par ces diodes sont ceux de l'éclairage et du rétro-éclairage. La réduction du coût des LED pourrait notamment faciliter leur utilisation plus large dans l'habitat, et donc la réduction de la facture énergétique de l'éclairage. En deux mots, le matériau émettant la lumière d'une LED est traditionnellement déposé à 1100°C sur des disques de saphir – que par ailleurs Saint-Gobain produit et distribue –,mais la technologie de BluGlass permet des dépôts à relativement basse température,moins de 700°C, qui rend possible l'utilisation d'un substrat verrier à couches, une des technologies clés du groupe. C'est un exemple de projet ambitieux, une rupture sur un marché croissant, mais nous étudions actuellement un projet sur un concept de diodes complètement différent de la technologie actuelle, et à plus long terme encore.

ACTUELLEMENT, COMBIEN DE COLLABORATIONS AVEZ-VOUS DEMARREES, ET COMBIEN DE TEMPS DOIVENT ELLES DURER ?
Nous avons quatre contrats signés, et nous espérons doubler ce chiffre d'ici à la fin de l'année.Dans le cas de BluGlass, il s'agit initialement d'un contrat technique de codéveloppement de dix-huit mois ; mais si, au terme du contrat, la collaboration est un succès, elle peut être amenée à se prolonger commercialement dix ou vingt ans ! Même si cela est compliqué, notre objectif est de développer des partenariats à très long terme et de l'anticiper dans nos contrats.

COMMENT PROCEDEZ-VOUS ET PAR QUELS TYPES DE RESEAUX PASSEZ-VOUS POUR DETECTER LES START-UP QUI POURRONT INTERESSER SAINT-GOBAIN ?
Nous passons par tousles moyens possibles. Nous privilégions les sociétés de capital-risque, avecqui nous avons des discussions assez fréquentes, notamment un fonds situé en Californie dans lequel nous avons investi car il est spécialisé en sciences des matériaux et en clean technologies. Nous travaillons aussi avec les angels et sur des bases de données. Enfin, quasiment un tiers des dossiers étudiés nous sont transmis par des salariés du groupe, des chercheurs,des responsables opérationnels ou des membres de notre équipe Techno-Marketing notamment.

CES JEUNES POUSSES SONT ORIGINAIRES DE TOUS LES POINTS DU GLOBE. DE QUELLES REGIONS DU MONDE PROVIENNENT LES DOSSIERS QUE VOUS DEVEZ TRAITER ?
60 % de ce que l'on appelle le deal flow, notre flux d'affaires, est nord-américain ; un gros quart est européen, le reste est asiatique. Mais nous avons seulement dix-huit mois de recul, et ces proportions seront amenées à évoluer.Je pense que la part des projets asiatiques va monter assez fortement, notamment la Chine et le Japon.

QUI LANCE LES START-UP EN CHINE : LES UNIVERSITES ? DES SYSTEMES D'INCUBATION ? DES GRANDES COMPAGNIES ?
J'aurais du mal à tenir des propos généraux sur le sujet. Parmi les quinze start-up que l'on a vues en Chine, la plupart étaient des émanations de laboratoires publics. Il existe aussi beaucoup de start up commerciales, dont le créneau n'est pas la technologie, ni l'innovation, mais le positionnement sur un marché en pleine croissance.D'autres développent des produits qui sont innovants pour la Chine, mais pas forcément pour les groupes occidentaux. Je pense que la Chine est un pays d'entrepreneurs qui a tous les éléments en main pour voir une explosion des jeunes pousses technologiques : l'augmentation des investissements publics et privés dans l'innovation, la création d'incubateurs,science parks et technology transfer centers, l'amélioration de l'environnement de propriété intellectuelle et la disponibilité de capitaux… L'avenir ne sera pas à l'image de ce que nous connaissons, et nous devons donc suivre attentivement.

LES START-UP ONT-ELLES AUTANT DE MAL A TROUVER DES FINANCEURS EN CHINE QU'EN EUROPE OU EN FRANCE, PAR EXEMPLE ?
Il me semble qu'elles en ont moins besoin dans les premières phases de développement, grâce notamment à des subventions publiques et au faible coût de la recherche dans ce pays. Pour des start-up en phase d'expansion, il y a aujourd'hui beaucoup de liquidités disponibles, car l'espérance de gain d'un investisseur financier dans une économie dont les sous-jacents croissent de 10 % par an est assez attractive.

QUEL EST L'ETAT DE LA LEGISLATION CHINOISE EN TERMES DE PROPRIETE INTELLECTUELLE ?
Il me semble qu'il y a les lois et l'application des lois. En l'occurrence, les lois sont là, mais leur application est encore pour le moins approximative. La Chine est, je crois,en train de mettre en place des structures qui vont permettre de rendre plus efficace leur application, notamment pour protéger les innovations qui y naîtront !

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